INTERVIEW RENE AUBERJONOIS
A PROPOS D'ODO
  René Auberjonois

Jiminy : Quelles sont les circonstances qui vous ont fait endosser le rôle d’Odo ?

René Auberjonois : Et bien, en fait c’est plutôt prosaïque, j’avais deux enfants au Collège et j’avais vraiment besoin d’argent. Alors, lorsque mon agent, m’a proposé de me présenter au casting d’une série Star Trek, je n’ai pas hésité et je me suis rendu sur les lieux pour auditionner. Une fois sur place, ils m’ont fait attendre et attendre encore.
 
Quand ce fut, enfin !, mon tour, le Directeur du casting m’a conduit jusqu’à la porte et s’est retourné en me disant : « Personne n’a encore été assez grincheux ». C’était comme un message codé. Quand je suis entré dans la salle, ils étaient tous assis autour d’une grande table, et il régnait un silence sépulcral. J’avais l’impression de me trouver face à un tribunal de l’inquisition.
 
J’ai posé le dialogue sur la table et la première réplique que j’ai dite était destinée à Quark. J’ai oublié ce que c’était, ce devait être quelque chose dans le genre : « Vous mentez ! ». Je l’ai sorti d’un ton aussi grincheux qu’autoritaire. Et j’ai su immédiatement que j’avais fait mouche, c’est quelque chose que l’on ressent en tant qu’acteur, quand on met dans le mille et que l’attention des gens se trouvant dans la salle se focalise sur vous. Je sentais qu’ils étaient tous… attentifs, presque subjugués. C’est ainsi que j’ai décroché le rôle d’ Odo.
 
On m’avait dit six mois avant le début du tournage de la série qu’ Odo serait un personnage dans le genre de ceux qu’interprétait Clint Eastwood.
 
Ira Steven Behr : Quant on a commencé à tourner les premiers épisodes, on a demandé aux scénaristes de nous écrire du Clint Eastwood » et puis j’ai appris que c’était René Auberjonois qui avait le rôle, alors j’ai pensé que ça ne collerait pas. Mais quand j’ai vu ce qu’il apportait au rôle, j’ai appelé les scénaristes en leur disant que c’était encore mieux que tout ce qu’on avait pu imaginer. René est capable d’exprimer davantage avec un regard que la plupart des acteurs avec 12 pages de dialogues !!
 
Jiminy : Qu’est ce qui vous a plu d’emblée dans le personnage d’Odo ?
 
René Auberjonois : Ce qui m’a plu d’emblée dans la première description du personnage d’Odo, c’est qu’il ne savait ni d’où il venait, ni si y avait d’autres gens comme lui, ni  qu’il était un Métamorphe. C’est un merveilleux parallèle avec le métier d’acteur.
 
René Auberjonois / Métamorphe Jiminy : Je présume qu’Odo a beaucoup évolué au fil du temps ?
 
René Auberjonois : Evidemment, quand on le découvre tout au début, c’est le constable de la station, puis on découvre peu à peu son histoire, comment il a été trouvé et ensuite éduqué, ce qui lui est arrivé et les raisons pour lesquelles il s’est fait enrôler par les Cardassiens pour devenir constable. Pendant 7 ans, on le voit devenir presque aussi Humain que n’importe quel personnage de la série. Il est incroyablement passionné. Il est drôle sans le vouloir, car c’est un personnage qui semble totalement dépourvu d’humour et que ce sont souvent ceux là qui sont les plus drôles. Au début, il se considère comme étant orphelin, mais finit par partir à la recherche de sa famille. Et finit par découvrir qui sont ses vrais parents, sa véritable famille, mais ce faisant, comme pour beaucoup d’orphelins, il découvre que le monde qui a pris soin de lui, la Station Deep Space Nine, la Fédération, les Officiers, les gens de la station, même Quark ! Il découvre que ces personnes sont sa vraie famille. C’est très poignant, c’est un joli développement pour un personnage.
 
Jiminy : Vous avez craint un moment que le scénario ne prive Odo d’une bonne partie de son charme, à quelle occasion ?
 
René Auberjonois : Et bien, les fans voulaient savoir quand on allait découvrir l’origine d’Odo, je leur répondais : Jamais, j’espère, car ce jour là ce sera la fin de ce personnage.
 
Ira Steven Behr : C’est vrai, je me souviens, on a dû le prendre à part pour lui dire que cette révélation ajouterait en fait un aspect intéressant au personnage. Etant un vrai pro, il a caché sa consternation, même si j’ai perçu les ondes qu’il dégageait… Il n’a rien dit
 
René Auberjonois : En fait, Michael Piller et Ira Behr, avant le début de la saison, m’avaient dit : on va découvrir les origines d’Odo. Je leur ai dit que je détestais cette idée, mais ils ont mis le personnage devant un nouveau problème à résoudre. Et c’est une des choses qui fait le plus avancer un acteur et, ensuite, une fois le problème résolu, on se dit : « Et maintenant ? ». Alors, on apprend d’où vient Odo, quel est son peuple, et il faut alors résoudre le dilemme : A savoir s’il repart avec eux ou s’il reste avec ceux qu’il finit par découvrir comme étant sa véritable famille.
 
René Auberjonois / Metteur en scèneJiminy : Quand avez-vous eu l’idée de passer de l’autre côté de la caméra ?
 
René Auberjonois : Jonathan Frakes a réalisé « La quête » et nous avons parlé du métier de réalisateur. Il m’a dit : « il faut t’y mettre. Tu serais fou de ne pas saisir cette chance, car c’est un des rares endroits où, quand ils te laissent la chaise du réalisateur, ils te donnent une vraie formation. » Comme disait Jonathan, c’est une école du cinéma gratuite !!. Star Trek est filmé de façon très classique et je crois fermement qu’il faut apprendre les règles avant de pouvoir les enfreindre. Alors, je suis allé voir Rick Bergman. Il m’a demandé si j’étais prêt, et je lui ai répondu « pas encore » avant de m’enfuir en courant !! Quelques jours plus tard, il m’a appelé et m’a dit : « Cette fois, c’est le moment. Tu te lances ».
 
Jiminy : Et cela s’est passé comment ?
 
René Auberjonois : Et bien, ils m’ont envoyé le premier scénario et ensuite, ils m’ont littéralement jeté à l’eau !.C’était super ! Le premier épisode que j’ai réalisé était « Le plan des Prophètes ». J’ai eu la trouille, mais vraiment la trouille. Mais en fait, le premier tournage, c’est la lune de miel, tout le monde vous explique tout et prend soin de vous. Ce n’est qu’à partir du troisième épisode que je me suis retrouvé tout seul et que je me suis rendu compte que je ne maîtrisais pas encore tout et que je ne conterais pas parmi les réalisateurs immortels.
 
Pourtant l’épisode que j’ai réalisé ensuite « La peste » fut une de mes plus belles réussites. Bien sur, comme toujours l’équipe et les acteurs vous sont d’un grand secours, mais malgré tout, le réalisateur c’est vous… alors débrouillez vous !!
 
René Auberjonois / Odo Jiminy : Bref, il me semble que Star Trek a été pour vous une belle expérience
 
René Auberjonois : Absolument ! Le personnage d’Odo est vraiment très riche, complexe et réellement fascinant et j’ai eu la grande chance de l’incarner pendant 7 ans. Et de faire partie, du monde extraordinaire créé par Gene Roddenberry et perpétué par Rick Berman. Ce fut un vrai privilège et j’en ai été vraiment heureux. J’adore le fait que ce ne soit pas mon vrai visage, que moi, René Auberjonoy, l’acteur, je me cache derrière Odo pour finalement faire sortir de mon instrument cette formidable musique qui va perdurer durant des décennies pour que le public puisse l’apprécier. Ce fut un grand, un très grand cadeau.



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