INTERVIEW PATTI YASUTAKE
 
À bord de l'U.S.S. ENTERPRISE NCC-1701-D, l'infirmière Alyssa Ogawa n'était sans doute pas un personnage de premier plan, mais elle apparut régulièrement pendant presque quatre saisons. Patti Yasutake revient sur son rôle, la collègue fiable et efficace du Docteur Beverly Crusher.
 
Alyssa OgawaLe rôle de l'infirmière Alyssa Ogawa ne fut pas le premier pour lequel Patti Yasutake ait auditionné concernant la série Star Trek : La Nouvelle Génération.
 
Patti Yasutake : « À l'occasion d'autres épisodes et pour d'autres personnages, j'avais déjà passé une audition, se rappelle-t-elle. Un jour, on m'avait même retenue pour figurer sur la passerelle, mais je tournais un spot publicitaire au même moment, et je ne pouvais pas revenir sur mon contrat. Comme le tournage s'étendait sur plusieurs journées et que j'apparaissais déjà à l'écran au cours de l'une d'entre elles, il n'a pas été possible de me libérer. J'avais le coeur brisé, moi qui voulais tant figurer dans la série ! »
 
Patti Yasutake : « Puis, peu après, il y a eu un rôle à pourvoir pour l'infirmerie. Je me suis présentée, et je l'ai eu. J'ai cru à une expérience sans lendemain puisque dans l'épisode, tout le monde vieillissait, et que je serais une petite fille quand les personnages réintégreraient leur lignée temporelle normale. Mais ce jour-là, sur le plateau, Jonathan Frakes m'a assuré que je serais de retour ! Et en effet, quelques épisodes plus tard, on m'a recontactée par téléphone. Mon ange gardien a dû me donner un petit coup de pouce là-dessus, car si j'étais apparue sur la passerelle comme je le désirais tant, je ne serais certainement pas restée aussi longtemps dans la série ! »
 
Pour elle, ce premier épisode s'intitulait « Futur imparfait », et le personnage de Patti n'avait pas encore de nom. Dans « Indices », elle devint « Alyssa », puis quelques semaines plus tard, dans « Crise d'identité », elle eut pour patronyme « Ogawa », un nom choisi en fonction des racines de Patti et non en fonction de la série. Car, pour ce rôle, les producteurs n'avaient pas expressément recherché une Américaine d'origine japonaise.
 
Alyssa Ogawa dans "Imparfait"Patti Yasutake : « A chaque fois, dit-elle, il y avait beaucoup de mixité. Et c'est ce qui est merveilleux avec Star Trek. J'étais en compagnie d'hommes et de femmes de tout âge et de toute culture. Les producteurs désiraient varier les approches, alors que dans la plupart des séries, tout est très spécifique, et vos partenaires vous sont souvent très semblables. »
 
En qualité d'actrice Américano-Asiatique, Patti a une conscience aiguë de la difficulté qu'il y a à dénicher de bons rôles.
 
Patti Yasutake : « Dans cette industrie, vous monnayez pour une grande part ce que vous êtes. Vous avez beau varier les rôles, vous mettez sur la table des éléments qui vous sont propres, et si les producteurs pensent que tel personnage doit avoir des caractéristiques culturelles prononcées, ou doit être un homme, ou une femme, cela devient très limité. Mais j'ai eu beaucoup de chance en pouvant interpréter des personnages qui étaient peut-être destinés à un homme au départ, et pour lesquels les producteurs avaient su considérer d'autres options. C'est pareil, j'imagine, avec les problèmes d'ordre culturel. Très souvent, un rôle dévie de ce qui était prévu initialement. Et il y a eu assez d'ouverture d'esprit pour envisager des tangentes. C'est grâce à cela que j'ai pu faire carrière.»
 
Et comme toute actrice, Patti a conscience qu'aujourd'hui, de très nombreuses séries et grosses productions recherchent des artistes d'une grande jeunesse.
 
Patti Yasutake : « Ce qu'il y a de drôle avec Hollywood depuis quelques années, c'est que même les acteurs qui ont à peine la vingtaine deviennent nerveux parce que tout le monde est à la recherche d'adolescents ! »
 
Si l'infirmière Ogawa avait rapidement eu un nom, développer pour elle une personnalité distincte et la trame d'une histoire prit du temps aux scénaristes. Mais Patti était toujours ravie qu'on la rappelle pour tourner dans la série.
 
Alyssa Ogawa dans "Mixité" Patti Yasutake : « Je ne savais jamais à l'avance quand on aurait besoin de moi. A mon retour la première fois, j'ai de nouveau travaillé avec Jonathan, et il a donc pris figure de talisman magique à mes yeux. Ensuite, un ou deux mois s'écoulaient entre deux épisodes, et l'on ne savait jamais ce que les scénaristes allaient encore concocter. De sorte que je n'ai pas eu d'attentes particulières, et j'imagine que c'était aussi bien ainsi. En toute honnêteté, j'attendais d'avoir une idée du script en cours avant de me permettre d'y croire de nouveau. »
 
Patti avait déjà mûrement réfléchi à l'histoire possible de son personnage.
 
Patti Yasutake : « Rien que pour introduire un personnage bien étoffé dans une situation donnée, c'est toujours ma démarche en tant qu'actrice, quoi qu'il en soit, sans pour autant me noyer dans les détails. Je devais rester ouverte à toute possibilité, donc ce que j'apportais à mon rôle, je le gardais essentiellement pour moi. Ma mère, originaire du Japon, a émigré ici. C'est ce sens de l'aventure, cette volonté d'affronter de nouvelles situations, de les faire siennes sans réserve et de les gérer, qui m'ont inspirée pour construire la base du personnage. Cela m'était tout à fait personnel, mais cela avait aussi un sens véritable pour Ogawa. Pour plaisanter un jour, j'ai dit à George Takei qu'Ogawa était son arrière-petite-fille (ou son arrière-arrière-arrière-petite-fille, suivant l'angle où l'on se place), et il a protesté sur le même ton qu'il n'était tout de même pas si vieux ! Après ces deux ou trois premiers épisodes, une fois mon personnage mieux défini, et surtout après cette première année, tout est devenu bien plus facile. Une grande partie des dialogues se résumait à du jargon technique, mais bizarrement, je me sentais très à l'aise de ce point de vue-là. Je suis à l'aise avec tout ce qui est minutieux ! »
 
Alyssa Ogawa dans "Ethique"L'infirmière Alyssa Ogawa tient-elle beaucoup de Patti Yasutake?
 
Patti Yasutake : « En partie, oui, reconnaît Patti. Je suis bien moins organisée que mon personnage, et moins rationnelle aussi. Par contre, je suis beaucoup plus versatile – mon époux vous le confirmerait certainement ! Alyssa est longtemps restée célibataire et indépendante, ce qui me correspond moins également. J'ai des attachements très forts, et je suis mariée depuis maintenant de nombreuses années. Mais les comédiens possèdent des personnalités à facettes. Dans notre métier, nous avons tendance à exploiter les différents aspects de notre personnalité en fonction des rôles successifs que nous tenons. »
 
Décrocher le rôle d'Ogawa ne marqua pas pour autant la fin des auditions de Patti pour STNG. Elle tenta aussi sa chance pour le rôle de Keiko Ishikawa, qui deviendrait par la suite l'épouse de Miles O'Brien (rôle qui échut finalement à Rosalind Chao). Ce personnage faisait son apparition dans la quatrième saison, trois épisodes après la première prestation d'Ogawa.
 
Patti Yasutake : « Si les producteurs aiment un artiste, ils trouveront toujours un moyen de le ramener sur le devant de la scène, vous savez. Et par bonheur, les fans de Star Trek sont très bon public. Ils se laissent emmener par la main là où l'intrigue les entraîne. »
 
L'infirmière Alyssa Ogawa resta le seul rôle de Patti dans la série, elle ne peut s'empêcher de déplorer que son personnage n'ait pas davantage évolué.
 
Alyssa Ogawa dans "Maternité" Patti Yasutake : « Une actrice regrettera toujours de ne pas avoir pu faire plus. Or, je rêvais d'être dans le bureau du Capitaine, j'ignore pourquoi au fond. Et puis, j'ai réfléchi que ce serait m'exposer un peu trop aux réprimandes, aux renvois... Alors, c'était probablement mieux ainsi ! Comme toute femme, j'imagine, je rêvais aussi d'être une héroïne d'action, dans le coup... Certainement, j'aurais aimé descendre avec les autres à terre, être téléportée ailleurs... Mais j'aurais sûrement fini par mourir et être rayée des listes ! Mieux vaut parfois ne pas voir ses voeux exaucés et éviter les mauvaises surprises... Et si j'ai travaillé avec à peu près tout le monde, je regrette par ailleurs de ne pas avoir pu nouer de relations plus intimes. Dans un épisode où Worf était opéré de l'épine dorsale ["Éthique"], je me contentais d'observer la scène qui se jouait entre Marina et lui, quand elle lui promet qu'elle prendra soin de son fils, et soudain, je me suis mise à pleurer... Le réalisateur m'a demandé pourquoi, et je lui ai répondu que j'avais aussi des sentiments pour lui, que nous étions coéquipiers depuis longtemps... Voilà à quel point je m'étais impliquée dans Star Trek ! »
 
La trame de la propre histoire de l'infirmière Ogawa relatait ses amours, à commencer par l'Enseigne Markson, puis par le lieutenant Andrew Powell, avec qui elle finissait par se fiancer, tombant enceinte de ses oeuvres. Mais à l'écran, ses meilleurs moments furent très probablement avec le Docteur Beverly Crusher et, plus rarement, avec le Lieutenant-Commander Data.
 
Patti Yasutake : « Naturellement, Crusher était le personnage avec lequel ma relation était la plus évidente, confirme Patti. Mais voir l'androïde Data aider Ogawa enceinte [dans "Genèse"] fut aussi sympathique. Étant si efficace elle-même, elle a bien sûr des affinités avec un Officier aussi compétent. »
 
Alyssa Ogawa et Beverly Crusher Dans cet épisode, Patti a en outre eu une petite expérience du maquillage prosthétique auquel elle a pris goût.
 
Patti Yasutake : « Cela m'a bien plu. A me voir déguisée ainsi, on aurait dit que je sortais de La Planète des singes ou un truc de ce genre ! Et c'était drôle parce que, dans la scène en question, Brent se mettait à faire toutes ces imitations à la Roddy McDowell ! C'était la première fois que je portais autant de prothèses. Je suppose que s'il fallait en repasser par là chaque jour, ce serait une tout autre histoire. Mais moi qui viens du théâtre, cela m'a énormément amusée. En fait, je me sentais des affinités avec les Vulcains, en raison, je suppose, de leur côté rationnel et tellement logique. Et cet aspect m'a toujours attirée. Mais interpréter des aliens plus rudes, plus farouches, serait certainement aussi drôle. Avec Crusher, beaucoup de fans m'ont dit qu'une de leurs scènes favorites, c'était quand
je paraissais réellement lui tenir tête dans l'épisode où l'autopsie non autorisée d'un Ferengi lui coûte son poste ["Soupçons"]. J'ai toujours pensé que notre relation était avant tout fondée sur le respect professionnel, et je crois que cela a bien fonctionné. »
 
Patti Yasutake : « J'ai aussi beaucoup aimé "Promotions". Dans un premier jet du scénario, Beverly Crusher était censée m'interroger à propos d'une expérience au cours de laquelle j'aurais commis plusieurs erreurs. Mais cela a été supprimé. L'infirmière Ogawa étant une auxiliaire si efficace, elle ne se serait pas trompée de la sorte, cela n'avait pas de sens. La scène a alors pris un autre tour, Beverly jouant les grandes soeurs avec une Ogawa énamourée. J'ai été vraiment soulagée par ce changement. En même temps, que l'on envisage la possibilité d'un conflit à désarmer n'était pas pour me déplaire non plus. On voyait aussi dans cet épisode que j'avais des amis que j'allais régulièrement retrouver à L'Avant-Toute, bref, que j'avais une vie bien réelle en dehors de l'infirmerie... »
 
Qu'Ogawa réfléchisse au mariage et tombe enceinte, en revanche, inspira à Patti des sentiments assez mitigés.
 
Alyssa Ogawa dans Star Trek GénérationsPatti Yasutake : « Au début, mes scènes de flirt me plaisaient bien. Je ne tenais pas à ce que mon personnage soit un tel modèle de vertu. Mais quant à prendre un mari, là, j'ai été sceptique, car j'avais fait des choix en faisant d'Ogawa une femme très indépendante et parfaitement heureuse ainsi. Elle n'avait pas nécessairement besoin d'une relation durable, me semblait-il. »
 
Nous n'avons hélas pas pu voir les retombées de ce mariage puisque Ogawa n'a fait ensuite que de très brèves apparitions dans deux films, Star Trek : Générations et Star Trek : Premier Contact.
 
Patti Yasutake : « J'ai bien aimé GENERATIONS car la scène du crash nécessitait des cascades. On nous a demandé, à Gates et à moi, si nous voulions être doublées, et nous avons répondu par la négative. Nous désirions le faire nous-mêmes. Cela n'était pas si difficile. »
 
Le deuxième long métrage a eu son lot de déceptions, cependant:
 
Patti Yasutake : « J'étais simplement heureuse qu'on m'ait demandé de revenir. J'étais censée résoudre la situation où Alfre Woodart doit fuir l'infirmerie avant l'irruption des sinistres Borgs. Et à cette perspective, j'étais très enthousiaste. Mais en tournant ces séquences, Jonathan a insisté pour leur donner plus de rythme, et il a fallu récrire les scènes en question. Cela dit, en tant que spectatrice comme en tant qu'actrice, j'ai vraiment beaucoup apprécié Premier Contact. »
 
Aujourd'hui, Patti envisage un retour aux sources, dans les théâtres municipaux où elle a débuté avant de percer dans les milieux du cinéma et de la télévision.
 
Alyssa Ogawa dans Star Trek First ContactPatti Yasutake : « J'ai très vite fait beaucoup de théâtre, à mes débuts, car je ressentais la nécessité d'apprendre les ficelles de mon métier. Non que tout le monde doive en passer par là, mais pour moi, en tout cas, c'est ce qu'il fallait. Cela m'a donné des bases très solides, tout en satisfaisant mon âme d'artiste. Et cela tient énormément à la nature et à la substance des rôles qu'on nous propose. Au théâtre, j'avais des rôles fantastiques, alors que lorsqu'on joue devant des caméras, c'est déjà beaucoup plus limité. En réalité, on ne peut guère s'abstraire de ce qui est noté noir sur blanc dans le script, impossible de s'en affranchir. »
 
Patti Yasutake : « Quand je reste trop longtemps loin des planches, cela me manque affreusement! J'adore ce luxe que sont les répétitions, ce sentiment de plénitude également... Mais j'apprécie aussi le côté intimiste du jeu devant l'oeil de la caméra. Et, de façon assez étrange, j'aime tout autant les aspects techniques du métier. »
 
A l'avenir, Patti serait ravie de faire quelques apparitions supplémentaires dans l'univers de Star Trek, si sa carrière le lui permettait.
 
Patti Yasutake : « Si l'infirmière Alyssa Ogawa revenait sous le feu des projecteurs, ce serait fantastique! Pourtant, je dois avouer que j'aimerais autant passer à un tout autre type de personnage. Un Alien, peut-être. Qu'on me reconnaisse ou non n'est pas le problème. Ce serait tellement amusant, je pense ! Mais quel que soit le rôle qu'on me confie, j'adorerais revenir à Star Trek ! Travailler pour cette série aura été un réel plaisir. »
 
 
Biographie
 
Patti Yasutake est née et a grandi à Los Angeles. Elle ne comptait pas se lancer dans une carrière théâtrale, mais changea d'avis après ses vingt ans. Elle aborda le monde du spectacle en passant par la publicité, avant de s'inscrire aux Arts du Théâtre, à I'UCLA [University of California, Los Angeles]. Elle est aussi experte en danse japonaise.
 
Ses premières prestations furent pour le théâtre, et elle a depuis une longue liste de rôles à son actif, dont les plus importants dans la Manhattan Theater Company, dans le New York and South Coast Repertory, plus la production de l'auteur-réalisateur Luis Valdez « I Don't Have To Show You No Stingin » Badges aux côtés de Robert Beltran, qui a joué également dans Star Trek : Voyager.
 
En dehors du théâtre, elle a participé à plus d'une dizaine de longs métrages et de téléfilms, dont Belles à mourir avec Kirstie Ailey et Ellen Serkin, et Arrête ou ma mère va tirer ! avec Sylvester Stallone.
 
À la télévision, elle s'est produite dans de nombreuses séries, notamment T.J. Hooker, Murphy Brown, Les Contes de la crypte, Murder One, Ces chers enfants, Esprits rebelles, Amy, Urgences, Crossing Jordon, Grey's Anatomy et Bones. Plus récemment, elle est apparue dans un épisode de Boston Legal, où figurent d'autres célèbres vedettes de Star Trek comme William Shatner et René Auberjonois.
 
Elle a aussi tâté de la mise en scène au théâtre, et aimerait s'essayer à l'écriture et à la production pour le cinéma et la télévision également.
 
Depuis le bouclage de STNG, Patti a participé à diverses conventions Star Trek aux quatre coins des États-Unis. Elle vit à Los Angeles avec son mari, qui est réalisateur de téléfilms.
 
Patti a joué dans seize épisodes de TNG, de la quatrième saison jusqu'à la fin, et dans deux longs métrages TNG. Voici sa biographie Star Trek exhaustive :
 
Quatrième saison :
  • « Futur imparfait »
  • « Indices »
  • « Crise d'identité »
  • « L'hôte »
Cinquième saison :
  • « Le jeu »
  • « Éthique »
  • « Causes et effets »
  • « L'amie imaginaire »
  • « Lumière intérieure »
Sixième saison
  • « Le règne de la peur »
  • « Le tribun »
  • « Soupçons »
Septième saison
  • « Parallèles »
  • « Promotions »
  • « Genèse »
  • « Toutes les bonnes choses... »

Longs Métrages

  • STAR TREK : GENERATIONS (1994)
  • STAR TREK°: PREMIER CONTACT (1996)



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