JOHN COLICOS (1928 - 2000)

« Plus grand que nature », John Colicos fut très admiré comme acteur Shakespearien et aussi pour de nombreuses autres prestations mémorables, dans une carrière qui aura duré près de cinquante ans. Pour les fans de Star Trek, il restera à jamais le premier Klingon à l'écran.

John ColicosJohn Colicos est né à Toronto, au Canada, le 10 décembre 1928. Alors qu'il n'est encore qu'un enfant, sa famille déménage à Montréal où son père, un immigrant Roumain, vient d'être engagé comme interprète à la cour.
 
John s'intéresse pour la première fois au métier de comédien au lycée, où il joue pour sa classe, et lorsqu'un professeur de lettres lui fait découvrir Shakespeare, sa vocation est née : il sera acteur classique.
 
A 15 ans, il fait ses débuts professionnels en décrochant un rôle dans une dramatique radiophonique de CBS. A 19 ans, il tient le premier rôle dans Noah, une production de la Haute Ecole de Commerce. Après le lycée, il jouera avec plusieurs troupes théâtrales professionnelles, dont le Montreal Repertory Theatre, le JoyThomson's Canadian Art Theatre et le Brae Manor Players.

En 1951, il se joint à une troupe théâtrale itinérante de Londres, la célèbre Old Vic Theatre, qui était à l'époque dirigée par trois acteurs, dont le légendaire Laurence Olivier. John sert de doublure à l'artiste Stephen Murray dans le rôle du roi Lear. Peu après le début de la production, Murray s'effondre, laissant John (qui n'a que 23 ans) le remplacer. Ainsi qu'il le raconte, son premier soir était à Helsinki, et comme le public parlait à peine l'anglais, c'était pour lui l'occasion idéale de faire ses débuts. Quoi qu'il en soit, sa prestation lui valut les louanges de la critique.
 
Joh Colikos dans Shekespeare De retour en Grande-Bretagne, la troupe part en tournée dans tout le pays, faisant de John l'acteur le plus jeune à jouer Lear sur les planches anglaises au XXe siècle. En 1953, il revient à Montréal pour reprendre une fois de plus le rôle du roi Lear. Là, les critiques sont dithyrambiques, le saluant comme « un génie du théâtre ». La gazette de Montréal voit en lui l'acteur Canadien le plus doué de sa génération.
 
Orson Welles, qui était dans le public, lui propose même le rôle d'Edmond dans sa production du Roi Lear, à Broadway, en 1956. Ensuite, John rejoint le Festival Américain de Shakespeare à Stratford, dans le Connecticut, et participe à la production de The Cherry Orchard, avec Helen Hayes.
 
En 1956, il épouse Mona Harris, un mannequin Texan. Leur mariage durera vingt-cinq ans (ils auront deux fils, Edmund et Nicholas), avant de s'achever par un divorce.
 
En 1961, John retourne au festival de Stratford, cette fois comme acteur principal. Il interprète Lear. Il est aussi le premier à jouer Timon d'Athènes dans ce festival et à remplacer Christopher Plummer dans le rôle de Cyrano de Bergerac. Plummer le décrira comme « L’acteur classique le plus enthousiasmant que le Canada ait jamais offert ».

Le premier Klingon 

Dans les années 1960, John travaille souvent à Hollywood, jouant dans des productions comme Mission impossible et, naturellement, Star Trek. Il se rappelle qu'il vivait à Toronto quand on lui téléphona pour lui proposer le rôle de Kor. Il l'accepta aussitôt mais ne reçut le script que deux heures avant d'embarquer dans l'avion pour Los Angeles. Il apprit son texte durant le vol et, à peine débarqué, passa au maquillage... Le seul problème étant que personne n'avait alors idée de ce à quoi un Klingon pouvait bien ressembler...

Kor dans Star Trek ClassiqueJohn et le maquilleur de Star Trek, Fred Phillips, n'avaient que peu de temps pour déterminer l'apparence de Kor. John voyait bien que les Klingons, un peuple belliqueux, étaient en fait un autre nom pour les Russes. Il suggéra donc de faire de son personnage une sorte de Gengis Khan du futur. Phillips rabattit sur le front les cheveux de John, les teignit en noir, histoire de lui conférer de faux airs de Tartare, avant de lui donner un grain de peau brun verdâtre pour le rendre inhumain. Cela prit deux heures et établit les bases de la nature Klingonne dans la série classique Star Trek.
 
L'apparition de John dans « Les arbitres du Cosmos » lui permettait de retrouver un de ses pairs de la scène Canadienne : William Shatner. Pour s'être rencontrés jeunes à Montréal et avoir participé à des productions de Shakespeare et à des manifestations théâtrales estivales, les deux acteurs se connaissaient bien.
 
La prestation de John eut un impact majeur, comme l'explique Ronald D. Moore, producteur de Star Trek : Nouvelle Génération et de Star Trek : Deep Space Nine.
 
Ronald D. Moore : « Il a pratiquement défini ce que sont les Klingons rien qu'à sa façon d'en interpréter un, ravi d'être ce qu'il est. Il ne s'est pas contenté de jouer les méchants typiques, il a incarné au contraire un guerrier pleinement impliqué dans sa carrière. II était plus grand que nature. Quand Kor sourit, on ne demande qu'à en savoir plus sur un tel personnage. Si Colicos n'avait pas opté pour cette approche, les Klingons ne seraient peut-être jamais revenus sur le devant de la scène. Mais la manière dont il a interprété son rôle dès le départ en faisait un peuple intéressant, tout en constituant le fondement de ce que nous allions faire dans les trente années suivantes. »

John Colicos dans le rôle de Winston Churchill Une occasion ratée 
 
D.C. Fontana, lectrice-analyste des scénarios de Star Trek, souscrit à l'évaluation de Moore, décrivant Colicos comme « un des Klingons vraiment bons ». Gene Roddenberry fut tellement impressionné par cette prestation qu'il envisagea de faire de Kor un personnage régulier. Hélas ! Les deux fois où il demanda à John de revenir, l'acteur, qui avait d'autres engagements, dut décliner l'offre.
 
En 1968, John livra l'une de ses plus mémorables prestations en se glissant dans la peau de Winston Churchill, dans Soldiers, de Rolf Hochhuth. D'abord interdite en Grande-Bretagne, la pièce fut finalement jouée sur la scène Londonienne. Kenneth Tynan, chef de file de la critique Britannique théâtrale, fut « captivé » par la performance de John, lui trouvant une « brillante justesse de ton » et notant que, chaque soir, des larmes « roulaient sur ses joues à point nommé ».
 
Carrière cinématographique

En 1969, John interprète Oliver Cromwell face à Richard Burton et à Geneviève Bujold dans Anne des mille jours. Après ce succès, il décide de se lancer dans le cinéma et s'installe en Californie. Les années suivantes, il décroche des rôles dans plusieurs films, notamment Raid on Rommel, Red Sky at Morning, Doctors'Wives, The Wrath of God [La Colère de Dieu], Scorpio, Breaking Point, Drum et Le facteur sonne toujours deux fois, en 1981.
 
Mais, en dépit de très bonnes critiques, il ne perce jamais au point d'accéder au rang de star. Il l'impute en partie au fait qu'il cachetonnait dans des productions de série B.
 
D'un autre côté, il souligne que les héros conventionnels ne l'ont jamais attiré. Par chance, il adorait donner vie aux méchants, plus intéressants à interpréter. Selon lui, le public s'identifie plus spontanément à des personnages imparfaits qu'à des héros irréprochables, à des stéréotypes.
 
Comte Baltar dans GalacticaEt l'on se souvient probablement mieux de John dans un rôle de méchant. En 1978, il interprète le Comte Baltar dans Battlestar Galactica, personnage censé mourir dès le pilote de la série. Mais le producteur Gien A. Larson fut tellement impressionné par sa prestation qu'il remania le script de façon à lui permettre de revenir dans les épisodes suivants. John ne pouvait plus aller quelque part sans être reconnu. Il était aussi fort populaire pour son rôle de Mikkos Cassadine dans General Hospital [Hôpital central].
 

Une icône Canadienne
 
Dans les années 1980, John retourne au Canada et remonte sur les planches, faisant de nouveau un tabac en interprétant Monsieur dans The Dresser. Il collabore également à une nouvelle série de science-fiction intitulée Beyond Reality, produite par Hans Beimler, avec Nicole DeBoer, il les retrouvera tous les deux dans Deep Space Nine. Fan de Star Trek de la première heure, Hans se rappelle combien Richard Manning et lui étaient excités à la perspective de rencontrer John.
 
Hans Beimler : « Je me souviens de ma nervosité... Il représentait tellement à nos yeux ! Je m'attendais à rencontrer un Klingon en chair et en os, c'était plus fort que moi ! Et j'ai vraiment cru qu'il allait arriver, briser une bouteille de bière sur le rebord de la table et la lamper ! C'est alors qu'est entré l'homme le plus courtois et le plus érudit qui se puisse imaginer. De ce jour, nous sommes devenus amis. »
 
Pour sa part, Nicole se souvient d'avoir été frappée par la présence de John.
 
Nicole DeBoer : « Ce qui me revient immédiatement à l'esprit, c'est sa voix : il avait un timbre de voix très grave et puissant, au point qu'on avait l'impression que les murs en tremblaient ! Il avait une présence magnifique. J'ai d'abord trouvé cela intimidant... C'était un merveilleux acteur ! »
 
Peu après, John revient à Star Trek en reprenant le rôle de Kor dans « Le serment du sang », un épisode de Deep Space Nine. D'après le producteur exécutif Ira Steven Behr, Peter Allan Fields travaillait à une idée d'intrigue impliquant de vieux amis Klingons de Curzon Dax. Puis le producteur Robert Hewitt Wolfe suggéra de reprendre les Klingons de la série classique. A son retour, John retrouva pour la première fois William Campbell (Koloth). Aussi ravi à l'idée d'avoir pour partenaire Colicos, Bill ajoute que, des trois acteurs, John eut la tâche la plus ardue.
 
Kor, Koloth et KangBill Campbell : « Dans DS9, on attendait de nous que nous conservions nos personnalités. Mais ce fut bien plus facile pour Michael Ansara et moi, dans la mesure où John devait jouer les ivrognes, un personnage aux antipodes de ce qu'il avait été jadis... En tout cas, nous savions à peu près où nous allions, et nous nous entraidions. N'oubliez pas que nous passions par des étapes dont nous n'avions pas idée au départ, le maquillage, d'abord. Mais le pire fut le maniement du bat’leth... Chaque fois que nous voulions nous asseoir et souffler une minute, ce type [Dennis Madalone] se pointait pour nous dire : "Allez, revenez sur scène vous exercer au bat'leth"... Mais bon, il présentait les choses de façon si charmante... "Prêts à relever le défi, les gars ?" nous lançait-il... Nous trois formions une belle équipe, et nous avions une affection sincère les uns pour les autres. John était adorable. »
 
Voir ces acteurs qui avaient du métier travailler main dans la main fut un plaisir pour les producteurs aussi. Ira en particulier garde de bons souvenirs du Serment du sang.
 
Ira Steven Behr : « Le plus exaltant pour nous, c'était de les voir tous les trois assis là, nos drôles de vieux bonhommes, à raconter des histoires. Typique des acteurs qui traînent sur les plateaux... J'espère que Michael Ansara me pardonnera de le traiter de "drôle de vieux bonhomme"et Bill Campbell aussi. John était un acteur de l'ancien temps, avec un côté très théâtral, même dans la vie. »
 
Dans cet épisode, seul Kor survivait, et l'équipe scénaristique se félicita de pouvoir le ramener sur le devant de la scène pour encore deux épisodes. Selon Hans Beimler, la tentation était grande de le faire revenir davantage, mais Kor était si charismatique qu'il aurait pu perturber l'équilibre de la série, c'est en tout cas ce que l'on craignait.
 
Hans Beimler : « Lorsque John Colicos entre sur un plateau, le public espère le voir au premier plan. Il faut donc une intrigue à sa mesure, qui l'implique et fasse sens. Voilà ce qui nous a dissuadés de refaire trop souvent appel à lui. »
 
Il ajoute que les scénaristes avaient grand plaisir à écrire pour John.
 
Hans Beimler : « Dans chaque scène, John faisait quelque chose de nature à exalter l'instant, au-delà de ce que nous avions imaginé. Il prenait une ligne de dialogue, lui donnait un tour inattendu, marquait une pause, lançait un regard... Respectant énormément l'écrit, il ne se permettait pas le moindre changement à ce niveau-là. En revanche, il savait lui conférer un surcroît de signification ou un sens que nous n'avions pas anticipé. »
 
Hans explique en outre que les scénaristes redoublaient d'efforts pour exploiter au mieux les aptitudes d'un interprète aussi doué.
 
Hans Beimler : « Nul ne savait mieux que lui prononcer le mot "légume" ! Vous vous souvenez, dans ce vieil épisode de Star Trek... ? Dans chaque script, nous avons tenté de replacer ce mot ! »
 
Kor de Deep Space NineDernier acte

Comme de juste, John fit son apparition finale dans l'épisode de dernière saison de Deep Space Nine, de retour au combat, lorsque Kor se sacrifie dans un combat héroïque contre les Jem'Hadar... Ron Moore le dit : Kor devait faire ses adieux en beauté grâce à un rôle « consistant, à sa pleine démesure ».
 
John mourut le 6 mars 2000 mais, pour citer Hans Beimler, un personnage aussi imposant ne peut jamais réellement disparaître.
 
Hans Beimler : « Il était le premier Klingon, celui qui est à l'origine de tout... le mètre étalon, en un sens. Je ne pense pas qu'un autre acteur ait autant contribué à la création d'un peuple que John Colicos avec les Klingons. C'était un homme adorable. »
 
William Shatner : « C'était un acteur de légende, issu de la vieille école des flamboyants artistes de théâtre. Un professionnel jusqu'au bout des ongles, que j'ai admiré dès ses tout débuts... »
 
Ronald D. Moore : « Il débordait de joie de vivre... oui, c'est le terme qui s'impose ! Il a joué Kor avec tant de verve, d'amour et de passion que cela a rejailli sur toute l'espèce des Klingons. »
 
Ira Steven Behr : « Colicos était une sorte de "fond bleu", un acteur plus grand que nature capable de tout interpréter. Car quand les artistes sont maquillés, il faut encore qu'ils arrivent à toucher le public par la qualité de leur jeu. Il pouvait faire bien plus que se contenter de jouer les méchants Klingons, et grâce à lui, Kor est devenu un personnage fantastique. »
 
Michael Westmore : « C'était un authentique professionnel, un gentleman de l'ancien temps et tout le monde adorait travailler avec lui... L'écouter raconter des histoires était un pur plaisir. Il venait d'une époque que nous n'avions pas connue, et pouvait nous apprendre bien des choses sur Star Trek, parce qu'il y était. »
 
William Campbell : « Je lui ai dit plus d'une fois qu'il était l'un de mes cabotins favoris. C'était vraiment un acteur de lettres classiques, et je l'avais vu jouer en de nombreuses occasions. J'emploie le terme "cabotin" de façon nullement péjorative. Il y a eu d'illustres cabotins comme Charles Laughton. Ces types sont des phénomènes ! Acteur consommé, John apprenait très vite et ne ratait jamais une ligne. Travailler avec lui était un vrai plaisir. »
 
Laissons John en personne avoir le dernier mot. Au cours d'une interview accordée au magazine Starlog en 1989, il déclarait :
 
John Colicos : « Je suis resté dans l'âme un acteur du XIXe siècle, au style un peu ampoulé, et qui force légèrement son rôle. Mais voilà... je préfère justement les rôles démesurés avec des émotions violentes à la clé aux dramatiques "de cuisine" Tous ces rapports à la réalité sont d'un ennui mortel ! Je suis trop grand pour la télévision maintenant ! Je ne passe même plus la porte de ma maison ! »
 
Et, ajouterons-nous, il est trop grand pour que nous ne puissions jamais l'oublier.


Apparitions dans Star Trek : 
  • Les arbitres du cosmos (Errand of Mercy) TOS en 1967
  • Le serment du sang (Blood Oath) DS9 en 1994
  • Le sabre de Kahless (The Sword of Kahless) DS9 en 1995
  • Le retour du Guerrier (Once more unto the breach) DS9 en 1998
Quelques rôles :
 
Télévision
 
Alfred Hitchcock présente, Battlestar Galactica, L'enfant du diable, Drôles de Dames, Hôpital central, Gunsmoke, Hawaï police d'état, Le dernier Parrain, Mission impossible, L'homme qui valait trois milliards, La guerre des mondes.
 
Cinéma
 
  • Anne des mille jours
  • Breaking Point
  • Doctors' Wives
  • Drum
  • LeTrésor du roi Salomon
  • Pris au piège
  • Phobie
  • Le facteur sonne toujours deux fois
  • Raid on Rommel
  • Scorpio
  • La Colère de Dieu



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